Avec Revenants, Vix End écrit la musique synthétique d’une histoire de retour à l’humanité, aux sensations, aux émotions, sans nostalgie.
Même si on ressent l’influence indéniable de Depeche Mode, Vix End ne fait pas de la new wave, mais de la nouvelle vague. Et cette fois, sous le patronage d’Etienne Daho plutôt que de Jean-Luc Godard.
Vix End observe notre dystopie pour mieux la tourner en dysto-pop, et se nourrit des drames de la condition humaine. Le résultat, ni “Dance”, ni “Punk”, vise pourtant à faire bouger un public sans futur. À le faire danser, les larmes aux yeux.
Dans sa recherche d’innovation, l’Homme a épuisé toutes les ressources naturelles de sa planète. Et gagné la course à l’espace. La seule solution pour sa survie a été l’exode vers les astres et la désertion de la Terre pour laisser la nature reprendre ses droits.
Dans ce monde, V1X3ND est un androïde parmi les Androïdes. Comme ses congénères, il doit accompagner le processus de revitalisation et entretenir ce que les hommes avaient construit. Car les humains, pleins d’espoir, rêvaient de pouvoir revenir sur leur planète originale, rendue vivable après des siècles d’abandon. Et s’ils avaient eu peu de considération pour leur terre nourricière, les survivants ne pouvaient se résoudre à abandonner l’œuvre de leurs ancêtres : Ils souhaitaient préserver le patrimoine de l’humanité.
Le Retour aurait lieu dans un environnement qui ne devait plus être hostile, mais toujours maitrisé par l’Homme. Et il ne pouvait plus le faire Lui-même. C’est ainsi que le ronronnement de machines, les Androïdes, a remplacé l’activité frénétique du vivant dans les espaces occupés par les hommes. Personne d’autre qu’un être humain ne saurait s’occuper de l’œuvre de l’Humanité. Il avait donc semblé logique de donner à ces machines une apparence humaine.
Les Androïdes ont aussi une fonction de documentation historique. Ils doivent représenter l’humanité dans toute sa variété de chevelures, de formes du visage, de couleurs de peau, de tailles et de corpulences. Pour que les générations futures, après des siècles d’évolution, se souviennent de leurs ancêtres tels qu’ils étaient.
Comme tous les androïdes, V1X3ND agit comme un être humain : Le jour, il exécute les tâches qui lui incombent pour garantir le retour des Revenants. La nuit, il regagne sa capsules de recharge, alimentée par les batteries qui emmagasinent l’énergie solaire de la journée.
Certains androïdes entretiennent les constructions, restaurent les œuvres d’art ou cultivent les forêts, les champs et les espaces verts. D’autres soignent les animaux ou réparent les androïdes défectueux. V1X3ND, lui, doit suivre l’avancée des travaux de revitalisation et évaluer le reste à faire. Il envoie chaque jour la mesure de l’état de l’air et des cours d’eau ainsi que le volume des déchets restants, vers un destinataire dont il n’a jamais aucun retour.
Depuis combien de temps, jusqu’à quand ? Nul ne saurait le dire. Seuls les cycles des saisons et des alternances journalières ont été conservés. Quel intérêt de suivre un calendrier pour des machines, pour lesquelles le temps n’a pas d’emprise ?
L’humanité aurait pu avoir disparu de l’univers, que les Androïdes accompliraient inlassablement les actions pour lesquelles ils avaient été programmés, singeant celles des hommes au retour attendu.
C’est dans ces circonstances que l’incident survient pour V1X3ND : Dans une capsule de recharge, une défaillance se manifeste sous la forme d’une boucle sonore. Les senseurs auditifs de la machine détectent un son répétitif, un rythme, une mélodie qui déclenchent un programme caché jusque-là. Dans son esprit synthétique, des images, des sons, des saveurs défilent.
V1X3ND se découvre une conscience, les souvenirs d’un passé depuis longtemps révolu. Et un message parcourt ses circuits imprimés, provenant d’un groupe de scientifiques qui, au-delà des constructions humaines, souhaitaient préserver l’esprit de l’humanité :

« L’océan devient plastique, les pôles liquides, l’air toxique : le climat se déchaîne et des virus inconnus font surface. De nos défis de demain dépend notre survie.
Quand nos anatomies nous lâcheront, les machines nous soutiendront : En déplaçant nos consciences, robots nous deviendrons. Et dans nos enveloppes éternelles, plus d’obsolescence corporelle.
Passer de l’organique au numérique : Nos corps, durables, irremplaçables et réparables. Permanents. Plus naturels. Artificiels. Dénués de sensations, nos âmes enfermées dans une parure d’insensibilité.
Nous sommes la somme de nos expériences organiques. Nous pensions que les robots ne pleureraient pas. Et, sans émotion, plus de douleur. Synthétiques, nous serons incapables d’éprouver. Les passions, oubliées. Seul en persistera le souvenir.
Nous sommes pourtant convaincus que des membres fantômes viendront nous hanter, comme ceux qui nous ont touchés. Consciences et sentiments passés, pour l’éternité.
Ce qui a disparu, ce qu’on ne ressentira plus.
Ceux qu’on ne reverra plus.
Nos bonheurs, nos regrets, nos remords nous hanteront.
Ce sont ces sentiments, les vrais Revenants.
Et, que nous soyons synthétiques ou organiques. Ils nous constitueront.
Les robots pleurent, même s’ils n’ont pas de larmes.
Qu’on n’oublie pas que l’humanité est aussi un esprit.
Jamais. »
V1X3ND comprend que tous les hommes ne croyaient pas à un retour de l’humain sur la planète originelle, que chaque Androïde porte en lui la marque d’un esprit, que tous sont pourvus de ce programme qu’il faut activer. Que les Androïdes n’ont pas que des fonctions mécaniques, répétitives. Qu’ils ont la capacité de rêver et de ressentir. Somme toute, de faire renaître l’humanité dans leurs corps artificiels.
V1X3ND se donne alors une mission pour ses congénères : déclencher chez eux ce même déclic, provoquer l’exécution de ce programme. Il conçoit pour cela des stimuli dans l’espoir de rattacher les Androïdes à leur humanité cachée.
C’est par la musique qu’il y parviendra.
